ENTRETIEN – ADRI’: trois ans chez Sud Acrobatic. Une histoire d’habitudes…

Entretien réalisé en février 2019.
Adri’, cordistes chez Sud Acrobatic de 2012 à 2015

Sud Acrobatic, Collégiale Saint Jean, Pézénas (34)

– Tu as donc bossé chez Sud Acrobatic.

– Ouais, en gros j’y ai travaillé de septembre 2012 à mi-août 2015. J’ai fait un an de formation en alternance avec le GRETA de Die, donc comme apprenti. Et après, il était content de ce que j’avais fait, du coup il m’a reproposé un CDI au bout de… ben un an, à la fin de mon contrat pro. J’ai fait deux ans de CDI. On touchait un peu à tout. Majoritairement de l’urbain, un peu de TP et d’indus de temps en temps.

– Juste après ton départ en 2015, il y a eu un premier accident grave, celui d’Adrien Santoluca.

– Ça devait être un peu moins d’un mois après que je sois parti. Adrien devait prendre ma place dans l’entreprise, récupérer le poste vacant, pour que le patron puisse avoir un binôme de base, une équipe calée.
J’ai appris l’accident par téléphone, c’est un des collègues qui m’a appelé pour me dire qu’il s’était cassé la gueule, qu’il était passé à travers le toit. C’était quand même assez sérieux. Je l’ai appelé pour prendre des news. Et bon, il était pas en grosse forme. Après, l’autre problème c’est qu’à l’hosto, il a eu des grosses complications. Ça n’a pas facilité son rétablissement. Mais bon voilà, lui, il est toujours là. Chapeau l’artiste.

– Et le lieu de l’accident, c’était sur le port de Sète ?

– C’est ça. Il changeait des plaques fibro en toiture. Il était pas accroché. Il est passé à travers. C’était assez récurrent qu’on intervienne sur des sites industriels comme ça, où il y a des toitures en fibrociment. Le problème, c’est que sur ce genre de toitures, c’est très difficile de trouver des ancrages. Que ce soit pour mettre une ligne de vie ou que ce soit pour s’accrocher, mettre une corde, etc. Du coup, régulièrement on utilisait la technique qu’on utilise en montagne : on s’accrochait l’un à l’autre. Donc, c’est pas hyper sécu. J’ai pas mal émis de doutes là-dessus.

– C’est le patron qui vous suggérait ça comme technique de travail ?

– Ouais… Il nous a plusieurs fois dit ça. Après on se démerdait comme on pouvait avec ce qu’on trouvait. Si on pouvait mettre une ligne de vie, on mettait une ligne de vie mais c’était pas toujours le cas.

– Et il y avait pas d’autres solutions ?

– Ben… moi j’en voyais pas trop d’autres… Le truc c’est que sur certains hangars où on allait, il y avait des lignes de vies au niveau du faîtage mais sinon, la plupart du temps, y avait rien du tout. Pour mettre des ancrages, ben il n’y avait pas toujours des pignons. Et après le truc, c’est que c’est des hangars qui sont immenses ! Peut-être 200 mètres de long, du coup… mettre une ligne de vie de 200 mètre de long, ça reste hyper compliqué. Avec l’élasticité de la corde, tu finis par terre. C’est très compliqué à protéger comme endroit. Puis sinon, tu fais attention. Tu mets tes pieds sur les vis. Quand t’as juste à te déplacer, tu peux le faire… ça reste pas sécu. Mais si t’es en train de bosser, que t’as une plaque dans les mains… ça devient hyper délicat comme truc.

– Mais du coup c’est la configuration même de ces hangars qui ne sont pas…

– Pas fait pour intervenir dessus en fait.

– Et avec une nacelle ?

– Ben ça m’est déjà arrivé d’intervenir avec une nacelle par en dessous pour faire ce truc-là. Mais c’est vrai que c’est anecdotique, ça a dû arriver 5 ou 6 fois. Et des interventions au port de Sète, j’en ai fait un paquet quand même.

– Et donc sans protection ?

– Régulièrement sans protection.

– Et le plan de prévention, qu’est ce qu’il prévoyait ?

– Alors moi, je n’en n’ai pas vu beaucoup des plans de prévention chez Sud Acro. J’en ai vu quelques-uns selon les sites où on allait. Le truc c’est qu’au port de Sète on y allait souvent, donc on connaissait les mecs de la maintenance. Donc en gros, on rentrait sur le port, on allait les voir à leur bureau. Le mec nous délivrait une autorisation de travail. Il devait s’arranger pour avoir le plan de prévention avec le patron ou la secrétaire qui lui envoyait : un truc tout prêt. Et du coup, nous on le voyait pas le plan de prévention.

– Ça ne t’aies jamais arrivé d’en signer un ?

– Ça m’ait arrivé, mais rarement sur le port de Sète. Seulement pour certaines inters, où j’ai dû aller intervenir sur des grues ou des trucs comme ça, où là, ouais j’ai signé des plans de prévention. Mais pour aller faire des tours sur les hangars, c’est rare que j’ai vu un plan de prévention.
C’était à nous de nous démerder pour faire le nécessaire, pour essayer de travailler le plus en sécurité possible.

Sud Acrobatic

– Tu me disais que toi aussi tu étais passé à travers un toit, que tu l’avais échappé de justesse

– Ouais, c’était début août 2015 que moi je suis passé à travers la toiture. Un mois avant Adrien. J’ai eu plus de chance que lui parce que j’ai pu me rattraper… je sais pas trop comment. J’ai fait le chat, je me suis rattrapé comme j’ai pu. J’ai pu remonter parce qu’il y avait une charpente métallique en dessous du coup j’ai pu remonter sur le toit et voilà.

– Et ça, ça a été signalé ?

– Je l’ai signalé ouais, à Sébastien Gimard, le patron. Je lui ai dit « écoute, ça craint, c’est chaud là. Tu nous envoies faire des trucs, on peut pas se sécuriser». Et lui il était là « ouais ça craint». Mais bon, y a pas plus de trucs qui ont été fait.

– Et donc ça a juste été signalé à Sébastien ? Mais pas au port de Sète ?

– En fait, l’accident que j’ai eu, c’était pas au port de Sète. Enfin, le presque accident. C’était à… sur une autre usine… midi… Midimineraie ou un truc dans le genre. On l’appelait l’usine à poussière parce que c’était une usine qui faisait des poudres, on savait pas ce que c’était. Ils fabriquaient de la poussière. Sur ce site j’y étais allé plusieurs fois. Je crois que j’y étais allé avec Adrien d’ailleurs et c’étaient des trucs de merde. Parce que les usines, elles ont pas le budget pour refaire toute leur toiture ou pour changer leurs plaques. Donc on y allait pour les réparer avec de le résine pour te donner l’absurdité du truc. Pour caler de la résine sur les trucs qui étaient fissurés.

– Pour étanchéifier…

– Pour qu’au moins ça coule pas dedans. Donc tu te dis « bon, y a un moment c’est quand même léger ». Après, ça c’est le choix de l’usine mais bon, ça reste un truc à la con.

– Mais du coup, s’ils ne mettaient pas beaucoup de budget dans la maintenance, on peut aussi se dire que…

– qu’au bout du bout, ils n’en mettaient pas beaucoup dans la sécurité !

– Et de comment Sud Acro vendait les chantiers …

– Le truc c’est que c’est des usines où, en trois ans, je suis intervenu régulièrement. J’ai jamais fait des très gros chantiers. On en a eu un, qui a duré un peu longtemps parce qu’on a refait un bout de toiture, mais sinon c’est des interventions ponctuelles. Une fois par an on allait nettoyer les chéneaux, régulièrement on allait changer ou réparer des plaques selon l’état du truc.

– Et donc sur des toitures souvent différentes ?

– En fait faut t’imaginer le truc. C’est un assemblage de pleins de toitures, pleins des pans de toits différents. Une sorte de puzzle de toitures. Ils devaient avoir un grand hangar à la base, puis ils ont fait des extensions et du coup ça fait que t’as plein de bout de toitures différentes. Des bouts de toiture en tuiles pour les plus anciennes. Ils ont rajouté des trucs en fibro à côté. C’est un sacré mélange le truc, faut voir la gueule de l’usine.

– Mais en tout cas, c’est un site où vous interveniez quand même souvent ?

– Ah ouais ! Mais rarement pour des grosses inters. C’était souvent des trucs d’étanchéité, de la petite bricole.

– Donc si vous veniez régulièrement, le patron auraient pu se poser la question de vendre au client la pose d’une vraie ligne de vie… ?

– Oui, oui c’est clair, ça aurait pu être fait. Carrément.

– Et quelques semaines plus tard, Adrien il passe à travers…

– Ouais, et lui, moins de chance. Il a finit au sol…

– Tu sais si après son accident il y a eu une sorte de réflexion dans l’entreprise ?

– Après l’accident d’Adrien, je sais pas. Parce qu’en fait j’y suis quasiment pas repassé. J’étais toujours en contact avec un des gars, ben Mika, dont on parlera tout à l’heure. Moi, j’étais encore en contact avec lui, je le voyais régulièrement, au moins une fois par mois ou une fois tous les deux mois. Mais c’était jamais dans le cadre du boulot, c’était toujours pour faire la bringue. Du coup, c’est vrai qu’on parlait pas forcément boulot, parce que lui en n’avais pas forcément envie de parler de son taf quoi. On rigolait sur les conneries qu’ils avaient eu à faire, mais bon. Radio cordiste quoi.

– Du coup, tu peux peut-être parler de l’accident de Mickaël ?

– Ben l’accident de Mika… c’était le 6 mars 2018. J’ai appris ça par texto, donc en ne sachant pas ce qui s’était passé. J’ai passé un coup de fil au patron pour avoir les infos, pour comprendre, parce que ça a été le gros choc. J’ai eu les infos comme quoi il aurait fait une chute de 15 mètres par rapport à un oubli en bout de corde. Je crois que sur le chantier où ils étaient, ils posaient des balcons préfabriqués en acier sur des façades. Ils bossaient avec une grue qui leur envoyait des trucs. Et de ce que j’ai compris, c’est que le grutier leur envoie pas le bon balcon, donc changement de plan de dernière minute. Alors je ne sais pas comment ça s’est passé : s’il a attrapé une corde qui passait ou s’il a mis en place une corde vite fait pour descendre. Et là je crois que ouais, corde trop courte, une seule corde, pas de nœud en bout de corde, et du coup il a fini en bas.
Après, ben moi j’étais pas présent par là-bas, du coup, au niveau des infos que j’ai eu, c’est ça. Y a eu une grosse enquête apparemment. Poussée jusqu’à savoir pourquoi ils avaient fait venir des cordistes et pas fait venir bosser des mecs à la nacelle. Quand il y a une enquête, je pense que ça se passe comme ça quoi. Du coup, j’en sais pas beaucoup plus sur les circonstances ni des résultats de l’enquête.

Sud Acrobatic, Confortement Talus SNCF, Auvergne (63)

– Entre ce que tu décris de l’accident de Mickaël et les circonstances de l’accident d’Adrien, il y a quand même des points communs. Absence de corde de sécu, ou pas du tout de cordes selon les situations…
Toi au quotidien comment ça se passait quand tu travaillais chez Sud Acro ?

– Et ben c’est arrivé assez régulièrement qu’on se retrouve à travailler sur une seule corde. Après, la plupart du temps on travaillait sur deux cordes mais on triangulait. En fait, on bossait entre deux points pour pouvoir couvrir une zone, on avait donc deux cordes. Après quand c’était juste une descente, ça arrivait régulièrement qu’on bosse sur une seule pour chais pas, poser une descente d’eaux pluviales ou un truc comme ça. Mais oui, ça arrivait assez régulièrement et le patron n’insistait pas pour nous dire « les gars bossaient sur deux cordes etc. ». Quand ça arrivait qu’il bosse avec nous, ce qui était rare, lui il bossait sur deux cordes mais pareil en triangulation. Moi j’ai très peu utilisé mon anti-chute chez Sud Accro.

– Et c’était quoi les configurations où tu l’utilisais ?

– Ben, notamment quand j’ai fait de la pose de filet inox pour faire des garde-corps. T’as une structure métallique de garde-corps et pour remplir le truc on met cette sorte de filet en maille, je crois que c’est de la maille de 10 par 10, et on vient tricoter ça sur un câble qui fait le tour.

– Mais tu étais en suspension ?

– Ouais.

– Donc avec deux cordes ?

– Ouais.

– Et c’est quoi du coup, qui, dans cette configuration-là, t’as amené à l’utiliser ?

– Ben en fait, y avait pas plus de danger que de faire de la descente d’eaux pluviales mais… Je sais pas. Le truc c’est qu’il y avait moins besoin de trianguler parce qu’on pouvait s’accrocher au grillage. Le bâtiment était haut, on avait juste à se tirer, se longer sur le câble et en fait on n’avait pas besoin de se casser la tête à trianguler. Après c’était un gros chantier qui a duré quatre mois je crois. C’était long. Le tricot c’est long.

– Et aujourd’hui c’est quoi ton regard par rapport à ça ?

– Comme je te le disais tout à l’heure, c’est con, parce que ça ne te demande pas plus de taf d’équiper une corde de plus, alors que c’est tellement bête de se buter ou de se faire mal au boulot. Ben oui, maintenant je mets deux cordes systématiquement. Oui, oui, c’est absurde. T’as l’impression de gagner du temps mais… t’as peut-être une corde de moins à porter dans les escaliers, sauf que ça vaut pas le coup. Tu portes 5 kg de plus et puis tu rentres chez toi le soir tranquille, sans t’être fait mal. Donc oui, maintenant j’ai arrêté de travailler sur une seule corde, clairement.

– Et ça, ça a changé suite aux accidents ?

– Ouais, clairement, ça m’a fait beaucoup réfléchir. Déjà, l’accident d’Adrien, ça m’a fait remettre ce truc là en question. Et après oui, l’accident de Mika en plus, oui. Deux cordes, minimum.

– Et dans les autres boîtes, parce que après t’être barré de chez Sud Acro, j’imagine que t’as bossé ailleurs ?

– Ouais, j’ai fait de l’intérim à droite à gauche et en règle général, ils te disent ici ça se passe avec deux cordes. Pas toujours hein, mais en fait ils te filent deux cordes donc du coup tu te démerdes avec tes deux cordes. Bon après, c’est vrai qu’on n’était peut-être pas dans un bon mood aussi où on se poussait les uns et les autres à la sécu…

– Donc quand tu es arrivé dans ces autres boîtes où on te demande de bosser sur deux cordes, tu t’es pas posé la question de « non moi j’ai l’habitude de bosser avec une corde » ?

– Non, non. En fait, l’accident d’Adrien, il s’est passé juste au moment où je me suis barré. Ça déjà, ça m’a fait réfléchir. Et après m’être barré, j’ai passé un an et quelques où j’ai pas bossé du tout sur corde. Quand j’ai repris, j’ai repris naturellement sur deux cordes parce qu’il y avait le copain qui s’était cassé la gueule.

 

  Sud Acrobatic, Semaphore Richelieu, Sète (34)

– Comment tu t’expliques cette habitude de travail qui s’est instaurée et qui s’est maintenue toutes ces années chez Sud Accro ?

– Comme je te disais tout à l’heure, y a le patron qui nous parlait du fait que c’est con d’avoir deux cordes, enfin, l’une sur l’autre parce que ça te limite dans ce que tu peux faire avec tes deux cordes et que si tu les espaces un peu, ça te permet de te décaler toi aussi. Sauf qu’à vouloir les décaler tu peux les décaler un peu plus, puis un peu plus… du coup tu retrouves vite à trianguler avec des angles de connard plutôt que d’avoir 1m, 1m50 entre toi et ta corde de sécu.

– Et puis, avoir un tirant d’air latéral possible…

– Oui, aussi, tout à fait ! Si tu laves des vitres sur une façade sans obstacle ça va, mais si c’est sur un bâtiment rempli de balcons… là, si tu décroches et que tu pars en pendule ça peut faire mal !

– Ce qui pourrait être intéressant d’essayer de décortiquer c’est le mécanisme qui se produit quand tu arrives dans une nouvelle boîte où il y a déjà des habitudes de travail, et de comment du coup tu te conformes ou non à ces habitudes.

– Ben ouais, tu prends le pli. En même temps, quand tu débarques, jeune cordiste de 20 piges sans expérience, tu te retrouves face à des mecs qui ont plus ou moins d’expérience. C’est vrai que t’as plus tendance à t’adapter à eux qu’à imposer tes pratiques… Mais je pense que c’est comme dans n’importe quel boulot ça. C’est vrai que c’est plus rare que quelqu’un débarque et fasse hop, hop, on change tout, on revient à des trucs plus classiques, plus sécu. À mon avis, c’est rare que ça arrive ce genre de situation.

– Ça n’est jamais arrivé avec des nouveaux stagiaires ?

– Si, moi j’ai eu des stagiaires qui voulaient leurs deux cordes, leur anti-chute, leur truc et je leur disais « tu fais comme tu veux, moi je te force à rien ». C’était des situations qui faisaient que, moi ça m’allait bien de trianguler parce que ça me permettait d’être dans des positions plus variées. Tu peux couvrir plus de surface, comme quand c’est pour du rejointoiement de façades ou des trucs dans le genre, entre les pierres. Moi je préférais faire ça, eux ils étaient dans leur truc. Déjà ils découvraient la hauteur donc forcément ils étaient moins sereins. Mais oui, une fois que t’as l’habitude de ton truc, tu te décales, tu fais ton petit truc, tu te re-décales… c’est pas forcément des bonnes habitudes mais… c’est des habitudes quoi.

– D’après toi, chez Sud Acro, c’est une habitude qui a été prise par les salariés ou plutôt donnée par l’employeur ?

– Y a un peu des deux je pense. C’est vrai que quand j’y suis arrivé, j’aurai pu choisir de bosser sur deux cordes, ASAP, anti-chute, descendeur… on m’aurait rien dit de plus mais bon. Je pense que l’habitude et l’effet de groupe aussi doit influencer et jouer là-dessus…

– Et normalement, quand t’arrives dans une entreprise, t’as un accueil sécurité… est-ce que t’as eu ça ?

– Ben pas vraiment, quand je suis arrivé dans l’entreprise, j’ai rejoint les autres directement sur le chantier et c’est le binôme avec qui j’ai travaillé en premier qui m’a briefé : « voilà on fait comme ça, etc. ». Y’a pas eu d’accueil sécurité donc. Je pense que c’est le cas dans plein d’entreprise le « pas d’accueil sécu ».

– Est-ce que t’as déjà vu de manière écrite un process de travail dicté par le patron. Un plan prévention ou un mode opératoire ?

– Non, c’est comme je te disais, on n’en a quasiment jamais eu des plans de prévention. Seulement quand on intervenait sur des sites industriels un peu sensibles on va dire, où ils étaient un peu exigeants au niveau de la sécu. En dehors de ça, on avait une fiche d’intervention où il y avait la tâche à faire… genre, reboucher la fissure entre le deuxième et le troisième étage, les infos utiles pour aller travailler. Y avait pas de description comme j’ai pu en voir sur d’autres fiches d’interventions, dans d’autres boites où je suis allé où ils te décrivent absolument tout. D’ailleurs, ça m’a fait rire quand j’ai vu ça. Ça m’a rappelé comment on était livrés à nous-mêmes. Quand je suis tombé là-dessus, j’étais là « Ah ouais d’accord » !

– Et à l’oral ? Est-ce que le patron vous disait, « Là sur ce chantier vous allez procéder comme ça, là ce sont les points d’amarrage… » ?

– Non, on se démerdait, la plupart du temps… On avait une tâche à faire… Je pense qu’il y a peu de devis où il est monté sur le toit pour voir ce qu’il se passait. Comme dans beaucoup de boîtes à mon avis où… On appelait ça le devis du bas nous. Genre il regarde la façade « allez mmm deux jours, allez hop ». Ça nous faisait rire, mais souvent on n’avait pas les infos. On débarquait sur le toit et on adaptait ce qu’on allait faire en fonction de ce qu’on trouvait sur le toit… parce que de toute façon y a pas d’autres choix que de t’adapter à ce que tu trouves. C’est rare que t’aies les photos des ancrages, que tout soit prévu. C’est quand même pas souvent ça.

– On commence à avoir fait le tour, est ce que tu vois d’autres choses à ajouter ?

– Ben écoute, je sais pas. Le truc c’est que les bonnes pratiques ou les mauvaises pratiques, c’est aussi une histoire d’habitudes. Faut faire gaffe aux habitudes. Donc, je pense que c’est ça, c’est le truc de merde qui tue le plus. Où tu te dis « ah bah, c’est passé cette fois-là, y a pas de raison, c’est bon, ça passe ». Sauf que bon, la moindre erreur peut ne pas te louper. On l’a vu pour Adrien, on l’a vu pour Mika.

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Crédit photos: Site internet Sud Acrobatic

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Un grand merci pour l’énorme travail de retranscription de celle qui se reconnaîtra, sans qui cet entretien serait restait au fond d’un dossier d’un carte mémoire…


 

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